Frontière Birmanie-Inde : de Tamu à Moreh

En février dernier (en 2019), nous sommes passés par voie terrestre par la frontière Tamu – Moreh, entre la Birmanie et l’Inde. Récemment ouverte aux étrangers, très peu d’informations sur son passage sont en ligne. Pourtant, la traverser, dans un sens ou dans l’autre, est un jeu d’enfant !

Si vous n’avez pas l’intention de passer cette frontière, cet article ne vous sera d’aucun intérêt… Mais, dans le cas contraire, j’espère qu’il éclairera votre lanterne 😀

Lors de notre tentative de retour en Europe sans prendre l’avion, pour sortir du Myanmar, nous n’avions pas grand choix : au début, les seules frontières ouvertes aux étrangers étaient celles vers la Thaïlande… Facile pour entrer, comme nous l’expliquons ici, mais pas top alors que nous avions envie de continuer vers l’ouest ! Mais nous avons appris en cours de voyage que la frontière Inde/Birmanie, qui était auparavant soumise à un permis spécial compliqué à obtenir côté birman, était devenue totalement ouverte en Août 2018. Super nouvelle !

De Mandalay à Tamu

Nous avons pris un super bus de nuit de Mandalay à Tamu (direct, pas besoin de changer à Kalaymo comme beaucoup de minibus le font). Pour acheter les billets, nous nous sommes rendus à la gare routière de Thiri Mandalar. Comme beaucoup de gares routières au Myanmar, elle ressemble à tout… sauf à une gare routière !

On achète sans problème un ticket pour Tamu, avec 2-3 jours d’avance. Départ prévu vers 17h30 le 16 février. La compagnie de bus qui fait Mandalay-Tamu s’appelle apparemment Tin Tine Aung mais comme tout est écrit en birman… Ça ne sert pas à grand chose de le savoir !

Le soir du départ, surprise : nous avons un bus Pokémon VIP flambant neuf ! Nos sièges ont, en plus du traditionnel sac à crachat (beurk…), un écran individuel avec films anglophones plus ou moins récents et de « belles » couvertures Hello Kitty. Génial !

Mais, alors qu’on est en plein milieu de nos films, le conducteur éteint tous nos écrans pour passer un film d’action asiatique à la TV commune, son à fond… Grrrr ! Comme d’habitude, nous faisons une pause pour manger dans un restaurant local.

Le lendemain matin, dimanche 17 février 2019, nous arrivons vers 6h dans le centre du village de Tamu, qui parait plutôt agréable. On a plutôt bien dormi, c’était très confortable ! Le bus nous dépose devant un petit restaurant. Un conducteur de tuk tuk nous aborde immédiatement pour nous proposer de nous conduire à la frontière, pour un prix faramineux : 5000 kyats pour 3 km ! Mais, une fois notre petit dej englouti dans ce même restaurant, c’est exactement la somme qui nous reste : nous acceptons donc sans négocier, on fera un heureux aujourd’hui ! Les kyats birmans était impossible à échanger à l’étranger (sauf à la frontière), nous préférons nous débarrasser de tout ce qui nous reste ici.

Le passage de frontière Birmanie-Inde

Attention, que ça soit d’un côté ou d’un autre, il ne faut pas aller au poste frontière principal, mais à celui pour étrangers ! A Tamu, il est indiqué sur Maps.me, le long d’une petite route, avant le pont le plus à gauche du village sur la carte (dans la continuité de la rue principale).

Le poste frontière pour étrangers de Tamu est tout petit : c’est une simple cabane au bord de la route avec 4 sièges devant ! Le douanier, tout gentil, est bien embêté : il y a une panne d’électricité ! Ouille, on sait que les pannes peuvent durer longtemps en Asie… On commence donc à attendre, avec le sourire : on n’est pas pressés, il fait beau, tout va bien !

Après 30 minutes d’attente, on voit un de ses responsables arriver. On lui demande si on peut laisser des photocopies de nos passeports pour qu’il les enregistre sur son ordi plus tard, quand l’électricité reviendra. Il accepte ! Mais, alors qu’on vient de leur donner nos photocopies, l’électricité revient : génial !

Nous n’étions pas en overstay en Birmanie mais, si c’est le cas, pas de problème, il suffit de payer les 3$ d’amende journalière (somme exacte en billets neufs). Il n’y a rien autour de la douane donc il faut l’anticiper !

On passe la frontière à pied. Il y a environ 400m de marche, avec un peu de montée, pour rejoindre le poste frontière indien pour étrangers tout blanc et flambant neuf, de l’autre côté de la rivière, au sommet d’une colline. Le chemin est simple à trouver : il suffit de suivre la route, en tournant à gauche après le petit pont.

Côté indien, surprise : le poste frontière est énorme et… totalement vide. Littéralement. Les pièces, neuves, sont totalement vides. Un petit bureau, tout au fond, nous permet de nous enregistrer. Le douanier est super content de voir du monde et on papote un peu avec lui. Si le bâtiment est neuf, l’enregistrement est à l’ancienne : nous nous inscrivons à la main sur son cahier ! Ici, point d’informatique ! Il tamponne nos passeports en rigolant et nous souhaite la bienvenue en Inde. Quel accueil ! Et quel bonheur d’être face à quelqu’un qui parle anglais !

Il ne faut pas oublier de régler les montres : l’Inde a 1 heure de moins que la Birmanie ! A prendre en compte dans les heures d’ouverture et de fermeture des frontières…

Attention, on ne peut pas entrer pour la première fois en Inde avec un e-visa : il faut absolument un visa classique, fait en ambassade. Dans notre cas, nous l’avons fait à Yangon en 4 jours, pour 103$. Un prochain article expliquera comment on l’a fait. Par contre, si le e-visa indien a déjà été validé lors d’une première entrée sur le territoire par voie aérienne, pas de soucis pour entrer par voie terrestre pour la deuxième fois !

Nous marchons ensuite 2 km pour rejoindre le centre de Moreh. Tout de suite, nous remarquons beaucoup plus d’activité et de pauvreté. Nous passons 3-4 checkpoints militaires où on doit à chaque fois noter nos informations et où ils scrutent avec attention nos passeports.

Moreh est une ville beaucoup moins plaisante que Tamu. On se sent en sécurité mais elle est pauvre, un peu glauque, bordélique et on ne s’y sent pas vraiment bien. Si on doit passer une nuit dans le coin, mieux vaut aller à Tamu ! Si on doit vraiment dormir à Moreh, des amis ont dormi au Sangai Lodge pour 300 roupies. Ils passaient la frontière dans le sens Inde-Birmanie (récit en fin d’article).

De Moreh à Imphal

A l’arrivée au croisement avec la route principale, nous trouvons sans difficulté une jeep partant immédiatement pour Imphal, la prochaine grosse ville, à 4 heures de route. Nous ne négocions pas le prix, qui est celui que d’autres voyageurs nous avaient annoncé : 500 roupies/personne.

Un bus permet également de se rendre à Imphal pour 130 roupies mais il passe à 13h-13h30 et est lent (compter 5-6h de route)… Nous sommes encore en début de matinée, nous avons la flemme d’attendre ! Sans compter qu’on est dimanche et qu’on ne sait pas s’il passe (les gens nous disent que non mais on ne les croit pas vraiment, comme d’habitude !).

Nous avions déjà des roupies indiennes donc nous n’avons pas eu besoin de changer des sous. Un bureau de change permet d’obtenir des roupies indiennes. Du centre de Moreh, il faut aller en direction de la frontière pour les locaux, en expliquant aux militaires au début de la route que c’est juste pour faire du change. Il y a également un guichet Western Union permettant de faire du change. Il y a aussi un distributeur mais il n’accepte apparemment pas les cartes étrangères.

La route jusqu’à Imphal est vraiment sympa pendant les 3 premières heures, en montagne. Notre conducteur n’est pas trop fou, heureusement ! Nous passons plusieurs checkpoints sur la route, où nous devons à chaque fois montrer patte blanche. Ces barrages ferment apparemment la route vers 16h30… Mieux vaut le savoir avant !

A Imphal, notre chauffeur nous dépose dans le centre, dans la zone des hôtels (ils sont 5-6 dans un rayon de 100m). Nous sommes surpris : tous nous annoncent des prix hauts pour l’Asie et plusieurs sont complets ! Nous allions craquer pour une chambre à 1000 roupies (le moins cher trouvé !) mais nous avons fui devant les draps marron, la salle de bain ignoble et le manque de Wi-Fi ! Bref, évitez absolument le Métro Hôtel !

Au final, nous avons trouvé notre bonheur au Nirmala Hotel tout proche, à 1230rs la nuit. C’est cher (pour l’Asie, tout est relatif) mais la chambre est propre, immense, avec salle de bain privée, petit salon et excellent Wi-FI ! Le bonheur après 24h de transport ! Des amis ont ensuite trouvé un hôtel potable à 900 roupies, mais on ne sait pas exactement lequel c’est (Yasana Hotel ou quelque chose de ressemblant)…

La ville a l’air sympa mais nous sommes trop crevés pour bouger. Nous goûtons à notre premier thali dans le resto à côté du Métro Hôtel : trop bon ! On sent tout de suite que ce pays va être un délice sur le plan culinaire (et on ne s’est pas trompé !)… Nous achetons ensuite un billet de Winger (minibus) pour Dimapur, juste au rez-de-chaussée du restaurant pour 600rs. Départ prévu à 7h le lendemain au même endroit, en y étant 15min avant. Ça va piquer !

D’Imphal à Dimapur

Il y a 7h de route entre Imphal et Dimapur, dont beaucoup de montagne. Nous sommes tout à l’avant, c’est top pour commencer à découvrir l’Inde ! Notre chauffeur essaye un peu de discuter avec nous mais est vite limité par son anglais très basique…

Comme d’habitude, on fait une pause déjeuner vers 10h dans un petit village, où on goûte un autre thali succulent !

Kohima, à mi-chemin, nous parait très sympa avec ses maisons accrochées aux montagnes : nous regrettons vraiment de ne pas nous y arrêter ! On nous a dit après coup que la Dzukou Valley, une rando à faire dans les environs, était géniale. Toutes les infos sont ici : https://mytriphack.com/dzukou-valley-trek/.

A Dimapur, le winger nous dépose à l’extérieur de la ville et nous indique un tuk-tuk collectif à 20 roupies chacun pour se rendre à la gare. Très sympa ! On déteste d’emblée Dimapur, sale, glauque, grouillante… Notre but est de la quitter dès que possible, direction New Jaipalguri (NJP), à 15h de train de là. On trouve assez vite le guichet et achetons un billet sans réservation, en classe générale, à 200rs, pour un départ 30min après. Parfait !

Le train arrive et nous sommes un peu perdus. Nous montons dans le premier wagon que nous trouvons : un wagon sleeper, c’est ce qu’on voulait ! Il n’est pas plein et nous nous installons sur une banquette, rapidement rejoins par des étudiants parlant bien anglais. Personne n’a de ticket, eux sont là pour quelques arrêts seulement. Ils nous conseillent d’attendre le contrôleur, avec la liste des passagers, qui pourra nous vendre le ticket sleeper de quelqu’un qui a manqué son train. Et… c’est exactement ce qui se passe ! Nous payons les 150rs de différence chacun et avons droit à un lit, plutôt confortable après les émotions de la journée !

Nous arrivons le lendemain, mardi 19 février, à NJP, pas très frais et pressés d’aller à Darjeeling, qui est encore à quelques heures de jeep… Mais cela sera l’objet d’un article futur !

Nous avons donc mis 72 heures pour aller de Mandalay à Darjeeling. Malgré notre manque d’infos, le trajet s’est très bien passé et s’est fait très facilement !

Notre regret : ne pas avoir pris le temps de visiter les Seven Sisters, ces états du nord-est de l’Inde peu connus. Plutôt tranquilles par rapport au reste du pays, c’est une bonne entrée en matière !

En faisant cet itinéraire, profitez-en pour vous arrêter en route. Vous traverserez le Manipur (dont Imphal est la capitale), le Nagaland (dont Kohima et Dimapur font partie) et l’Assam (et son fabuleux parc de Kaziranga qu’on a longtemps essayé de placer sur l’itinéraire… Lisez le récit de Brice !). Nous avons découvert par la suite les articles de Rory sur le Meghalaya et avons définitivement regretté d’avoir mis Darjeeling sur notre route plutôt que ces endroits !

Dans le sens contraire : de l’Inde vers la Birmanie

C’est encore plus simple puisqu’on peut entrer en Birmanie avec un e-visa ! Des voyageurs que nous avons rencontré l’ont fait dans l’autre sens et ça s’est très bien passé.

Ils ont fait le même trajet que nous à l’envers : train de NJP à Dimapur (15h), bus de nuit de Dimapur à Imphal (10h), minivan d’Imphal à Moreh (3-4h). Ils ont passé la nuit à Moreh au Sangai Lodge (300rs) et passé la frontière le lendemain. Pour cela, ils ont pris un tuk-tuk du centre de Moreh à la frontière (100rs), traversé à pied puis pris un tuk-tuk de la frontière birmane à Tamu pour 20 roupies indiennes/personne (nous, nous n’avons vu absolument aucun tuk-tuk, quelque soit le côté). De Tamu, ils ont pris un minibus de nuit pour Mandalay.

Et voilà, vous savez tout sur cette frontière Tamu Moreh ! N’hésitez pas à me dire en commentaire s’il y a eu des changements par rapport à ce que j’ai écrit.

Voici tous les articles de notre blog voyage sur la Birmanie, où nous avons passé 1 mois fabuleux :

Morgane

Nous, c'est Toni et Morgane, couple franco-espagnol passionné de voyage. Après 8 mois en Amérique du Sud en 2014, nous sommes repartis début 2017 pour 2 ans et 8 mois de voyage en Asie et Océanie. Un voyage exceptionnel et inoubliable ! Pour en savoir plus, rendez-vous sur cette page "Qui sommes-nous ?" !

2 commentaires

  1. Votre article est EXCELLENT, je l’ai ajouté dans mon article sur le passage de frontière en Birmanie. Dommage pour Kaziranga, en 2012 c’était de la folie (pour l’Asie !).

    • Oh merci, ça me fait plaisir venant du pape du blogging en Asie 😀 Ton blog a été une vraie bible pendant notre voyage ! Hâte de voir les photos du delta du Mékong 😉 Et oui, gros regret pour Kaziranga, comme pour les autres états du nord-est de l’Inde, car Darjeeling a été une grosse déception pour nous… Mais ça donne une excuse pour revenir !
      Bons voyages !
      Morgane

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